Jorg HERMLE - Artiste peintre



PRINCIPALES EXPOSITIONS PERSONNELLES :

Né en Allemagne, à Berlin, en 1936, Jörg Hermle y a vécu jusqu'au début 1945, à l'exception de deux périodes, pour échapper aux bombes. L'une dans la forêt noire en 1943 et la seconde début 1944 dans un villages perdu entre la capitale et la Baltique, mais en vain, car les bombardements n'ont pas épargné ces lieux de refuge... Dès l'âge de cinq ans le jeune Jörg fait sa première expérience de peintre. Il raconte l'émotion qui fut la sienne quand «le rouge et le vert se sont entremêlés» et il ajoute «qu'aujourd'hui encore ces couleurs génèrent la naissance de ses peintures. Sur un dessin recouvert par un glacis d'ocre rouge, une fois sec, il applique un vert émeraude transparent».

A partir de 1945, toujours en Allemagne, il est réfugié dans le Odenwald et y mène une vie campagnarde. Il poursuivra un apprentissage de menuiserie et ébénisterie à Eberbach (1950 1953), puis un autre de peinture en bâtiment et lettrage jusqu'en 1956 à Heidelberg, des études préparatoires dans une école d'Arts Décoratifs à Darmstadt (1956-1958) et enfin des études à l'école de Beaux Arts de Berlin (HfBK) jusqu'en 1961. C'est à la fin de cette année là qu'il s'installera à Paris, pour y rester jusqu'à aujourd'hui. On peut noter que jamais. l'étudiant n'a songé à profiter d'une bourse ou a sollicité une aide financière. Il a donc été amené à rechercher un emploi qu'il trouvera dans une agence de publicité spécialisée (plein temps entre 1961 et 1969 puis mi-semaine jusqu'en 1989). Jörg Hermle est un passionné des techniques de la peinture ancienne.

Entre 1980 et 1983 il enseigne les techniques du dessin et de la peinture à la MST (Paris 1, Sorbonne, Art et Archéologie). Cette recherche sur les savoirs d'autrefois a développé chez lui une technique personnelle basée sur l'emploi simultané de couleurs broyées à une tempéra composée et d'autres à un mélange d'huile et résine afin de pousser physiquement l'effet ombre-lumière à son paroxysme. La surface décomposée de mate et de brillant de ses peintures est donc voulue et recherchée; elle lui est devenu indispensables.

En 1970, Jörg Hermle épouse Elisabeth Walcker, elle même artiste peintre. De 1971 à 1985, le peintre se fait artisan-entrepreneur; dans le Lot il construit et aménage une grange en ruine pour en faire un atelier et une maison de campagne. Son fils Nicolas naît en 1972.

1985 marque le début des efforts de Jörg Hermle pour faire partager ses connaissances en techniques de la peinture ancienne à des amis et élèves.

Enfin 1989,le rêve devient réalité: Jörg Hermle s'installe comme peintre indépendant. En 1999, il acquiert la nationalité française.

Une quarantaine d'expositions personnelles entre 1977 et 2005:
A Paris et Région dans les Galeries Jacques Massol, Valmey, Peinture Fraîche, Etienne de Causens, Nicolas Deman, Claudine Legrand, Anima, Goethe Institut espace Condé, Salon d'Auromne, MJC (Musée Nogent sur Marne). En France dans les Galeries Daniel Duchoze (Rouen), WAM (Caen), Espace Brousseau (Limonges), Acadie (Cajarc), Paul Riquet (Béziers), Anima (Lézat sur Lèze), Ortrud Charvet (Saint Martin de Ré), Fan-Fan des Mures et conjointement au Goethe Institut (Lyon). Centre culturel Athanor (Monluçon), Espace Culturel Leclerc (Vitry), Centre Culturel Bonnefoy (Toulouse), Centre Culturel (Monflanquin), Centre Culturel Valery-Larbaud (Vichy). Maison de l'Art (La Réole), Château Homécourt (Homécourt), Théâtre Scaron (Le Mans), Espace Châteaunenf (Tours), Espace culturel de Monflanquin (Lot et Garonne), Salle polyvalente Sauzet (Lot).
En Europe dans les Galeries Lorelei (Bruxelles,B), Ludwig Weber (Viechtach, D), Noack (Mönchengladbach, D).

Participation à de nombreuses expositions de groupe depuis 1978:
A Paris dans les Galeries Jacques Massol, Huis Clos, Marie Claude Goinard, Nicolas Deman, Valmey, Samagra, Depréz & Bellorget, Lefor & Openo, Eonnet & Dupuy, Peinture Fraîche, Voeux d'Artistes Paris.
En France dans les Galeries Nicole Buck (Strasbourg), Daniel Duchoze (Rouen), Ortrud Charvet (St. Martin de Ré), Acadie (Cajarc), L'atelier (Le Mans), Art@ctua (Le Mans), L'usine de Zabu (Evreux), Montcle'art (Lot). Le Lieu (Cuisery), Galerie Artgument (Esvres), Voeux d'Artistes Toulouse, Lyon, Marseille.
Dans le Monde dans les Galeries Peschken à Krehfeld (D), Dong Ah (Seoul, Corée), GANf., Jardin des Arts, POP-ON galerie, Fouoka Nagoya (Tokyo, J), Centre International de Nagoya (J), Musée d'Oguiss (J), Freihausgasse à Villach(A), Bilan A.C.(New York), Format 3mx4m (Bruxelles, Zurich), Musée Deggendorf,(D).

Depuis 1981 participation à des multiples manifestations en France et dans le monde:
A Paris Salon de Mai, Salon D'Automne, Salon Figuration Critique, Salon 109, Salon Comparaison, Salon Grands et Jeunes, France-Maroc et Paris-Israël (Espace des Blancs Manteaux), L'Enfant et les Sortilèges (Orangérie du Jardin de Luxembourg), Échange Franco-Japonais (Japon et Paris), 12ème Salon international France-Japon (Tokyo et Paris).
En France Itinéraire Levallois, Puls'Art Le Mans, Salon Clichy, Salon Marne la Vallée, Salon Chamalière, Salon Mélun-Sénart, Salon Monflanquin, Salon Saint Antonin Noble Val, Foire Internationale de Toulouse,l'Enfance de l'Art à Nancy. Salon du Grand Quevilly, Salon du Chesnay. Salon du Sud-Est et Lyon.
Dans le Monde avec le Salon d'Automne en Chine, en Belgique, au Kosovo, avec Figuration Critique à Moscou, à Copenhague, en Espagne, en Belgique, avec Mr. Toshifumi Magori au Japon et en Chine, avec Aline Hercberg à The Affordable Art Fair à Londre et à New York.

Présence dans quelques Musées et collections:
Fond National d'Art Contemporain de Paris, Fond Régional d'Art Contemporain d'Aquitaine, Musée d'Art Contemporain de Strasbourg, Fundation Rali (Urugay), Musée Mahori (Japon), Ville de Shanghai (Chine), Ville du Mans, Musée du Père Noël (Lot et Garonne) et de nombreuses Collections privées.


Un peintre dont la thématique est sarcastique, sulfureuse, suscite deux types de réactions opposées. L'une, la plus courante, de rejet, chez ceux qui assignent à l'art une fonction purement hédoniste et apaisante, l'autre de "récupération", chez ceux qui cherchent à enrôler l'artiste sous leur drapeau et qui ont tendance à réduire le peintre au rôle d'illustrateur d'un combat politique ou social. Le plus souvent les deux parties commettent la même erreur elles négligent ou sous-estiment la recherche formelle, l'attrait pour l'insolite, le sens de l'imaginaire, sans même parler de la malice et du goût de la provocation qui sommeillent chez presque chaque artiste. Hermle, le pince-sans-rire est de ceux là. Qui connaît cet artiste méthodique et ordonné, qui a longtemps travaillé comme graphiste pour la publicité et aujourd'hui enseigne à des élèves les techniques de la peinture, a peine à croire qu'un esprit aussi rigoureux puisse engendrer de telles chimères, faire grimacer ainsi des grotesques. Pourtant on devrait se méfier. On sait depuis Paul Klee que les artistes d'apparence la plus familière sont les plus facétieux, on sait depuis Goya que les artistes les mieux intégrés dans la société en sont les observateurs les plus impitoyables, les critiques les plus féroces.

Certains ont voulu voir dans l'iconographie du peintre l'empreinte d'une enfance berlinoise dans l'Allemagne hitlérienne. L'explication est trop convenue. L'intéressé lui-même s'en défend. Il était trop jeune pour avoir conscience des horreurs du nazisme, même si les bombardements ont frappé son imagination et les difficultés matérielles forgé son caractère.

Plutôt qu'à un traumatisme existentiel, c'est à une tradition picturale qu'il faut se référer pour saisir l'étrangeté de sa peinture. Elle porte la marque de l'expressionnisme allemand et surtout de la "Nouvelle Objectivité", ce constat distant, grinçant, ironique des travers et des tares d'une société qui sont des mouvements artistiques si étrangers à la sensibilité française. Hermle arrivé jeune homme en France, en 1961, a parfaitement assimilé les habitudes et l'esthétique du pays d'accueil, toutefois il a gardé au plus profond de lui-même le souvenir de sa culture d'origine qui refait surface avec force chez le peintre d'âge mûr. La construction très charpentée de ses tableaux, la mise en place rigoureuse du motif, une certaine lourdeur des formes, font souvent penser à Beckmann.

Hermle compose ses tableaux comme un scénographe. D'abord il plante son décor : simple, dépouillé, étagé sur un ou deux plans, guère davantage (une plage, une piscine une table), puis il dispose ses personnages, enfin il les anime : leur donne visage, expression. Il part d'une vision, d'une conception d'ensemble, pour arriver au particulier sans s'attacher au détail, en gardant toujours à l'esprit la totalité de la scène, ce qui confère une grande cohérence à ses saynètes. Des personnages ? Non, une pantomime plutôt, un carnaval de masques (on pense à Ensor, la profusion et l'application en moins). Ici une trogne d'ivrogne rubiconde et béate, là un vieillard édenté figé dans un rictus mauvais, plus loin une matrone aux chairs molles. Ventres rebondis, seins flageolants, regards ahuris, hébétés où s'affiche une satisfaction niaise. Face à cette humanité déformée, estropiée par le confort, l'égoïsme, l'ennui, face à ces êtres qui ne se parlent ni ne se regardent, l'inhumanité : le viol, la torture,, le meurtre, la faim, auxquels se mêlent des mutants, des êtres hybrides, venus d'on ne sait quelle planète. La trivialité, l'horreur, le fantastique, se côtoient sans communiquer, se voient sans se regarder. Pas de lyrisme, pas de pathos : l'horreur est aussi banale que la vulgarité, elles ont pour dénominateur commun l'indifférence.

Hermle conçoit d'abord ses saynètes sur des toiles de petit format avant de les développer et de les décliner à plus grande échelle. J'ai bien dit développer et non rapporter, car de chacun de ses tableaux se dégagent une truculence, une vivacité, une violence aussi, qui expriment la spontanéité de l'inspiration, la liberté de la touche. La magie qui émane de ses tableaux provient d'un subtil et savant équilibre entre d'une part, l'artifice de la construction, la stylisation des personnages, d'autre part, la précision d'une posture ou d'un geste, le réalisme d'une expression. De la même façon les formes travaillées alternent avec d'autres, rugueuses, plus floues, juste ébauchées.

On se trouve ici face à ce jeu du proche et du lointain qui caractérise toute la peinture de Hermle. A la manière des contes cruels de Grimm ou des histoires extraordinaires de Swift ses tableaux sont une critique féroce de l'époque et de la société en même temps qu'ils sont intemporels car déréalisés : le quotidien se mêle au fantastique et le trivial revêt le masque de l'outrance et du grotesque.

Yves Kobry