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Jim DELARGE - Artiste peintre né en 1965 DEA en narratologie et esthétique du film. Paris III. 1992. TECHNIQUE MIXTE : Glacis de résine polyuréthane incluant : glycérophtalique, pigments, pastel, mine de plomb, aérosol - raclés, usés, poncés, rayés, brûlés, altérés, dissouts - (pas de collage) sur panneaux de mélaminé PRINCIPALES EXPOSITIONS : 2007 : mars-avril Galerie Klein (Sceaux) fév: arténimes Grenoble, galerie Françoise Souchaud (Lyon) jan-fév: Vips’art gallery (Rotterdam) 2006 : sept-dec: Arthome Studio (Liège) mai-juin: Prix Marin (Arcueil) galerie Julio Gonzalez mai : Prague ArtFair, galerie Françoise Souchaud (Lyon) avril-juin: Palais Des Congrés (Le Mans) invité d’honneur de Puls’Art mars-avril: Espace Mayol et Castangalerie (Perpignan) 2005 : déc: galerie Françoise Souchaud (Lyon) nov: St’Art (Strasbourg) Galerie Lefor Openo avec Jacques Desson mars-avril: Galerie Lefor Openo (Paris) jan: St’Art (Strasbourg) Castangalerie avec Jacques Bosser. 2004 : nov: Artevent (Lille) Galerie Lefor Openo avec Baillon et Zamora oct: Castangalerie (Perpignan) juillet: Artathome gallery (New York) juillet: Galerie Lefor Openo (Paris) avec Pat Andrea, Baillon, Coppens, Hadad, Mosner, Tony Soulier. 2003: nov: triptyque (Angers) Galerie R.Treger sept-nov: Galerie R.Treger (Paris) Mythologie de l’enfance. sept-oct: Park’Art Galerie (Marseille) avec Alsterlind, Plagnol, Louis Pons, Varlamoff, Vilder. sept: Art-Paris — Carrousel du Louvre — Galerie R.Treger. août-sept: Galerie Kämpf-(Basel) «Malerei» avec Armin Baumgarten, Neal Tait mai-juillet: Galerie Richard Treger (Paris) avril-mai: Park’Art Galerie (Marseille) 2002: jan-fev: St’Art (Strasbourg) Castangalerie 2001:déc 01-janvier 02: Castangalerie (Perpignan). 2000: août: La Colectiva (Pèzenas) avec Ben, Di Rosa, Arnal, Won Park, Garry Pollard. 1998: mars-avril: Ancienne Trésorerie Générale (Epinal) 1997: juillet-août: Grenier À Sel (Avignon) juin-juillet: Galerie De France (Paris) «têtes à têtes» (Hommage à Antonin Artaud) avec Balthus, Barcelo, Baselitz, Blais, Bonnefoi, Dine, Dreyer, Dubuffet, Erro, Max Ernst, Alain Fleischer, Abel Gance, Rebecca Horn, Ernest Pignon-Ernest, Man Ray, Sarkis, Nancy Spero. 1994-1995-1996: Galerie Bonias (L'Isle/Sorgues) avec Bram Van Velde, Fautrier, Poliakoff, Soulages,Zao Wou Ki. déc 94: Musée d'Histoire de la Psychiatrie du C.H.S. de Ville-Evrard.- Hommage à Antonin Artaud MONOLOGUE par Jim Delarge Souvent, je ne joue qu’avec des affects simples et avec la mémoire collective mais il apparaît que, de plus en plus, j’autorise l’émergence de formes parasitaires assez autonomes, informelles, libres et pouvant proliférer et puis je fais dialoguer tout ça. Je peux aussi me servir d'une certaine actualité mais de façon allusive. Quant à mon humour, il est relatif, j’aime tordre le pire, l'édulcorer sans l’idéaliser, ni le dénier non plus, mais pour en témoigner car pour une raison insolite, je connais cela. Associer par exemple : Entertainment, Barbarie et Autarcie à travers des figures aussi poussives que celles de Mickey Mouse, Hitler et Antonin Artaud qui ont pu être, chacun à leur manière, des machines de guerre de ce vingtième siècle qui nous a vu naître et les confronter ainsi réduits à l’image du Christ, me semblait une bonne idée à mes débuts, assez provocatrice mais sans plus. Je l'ai abandonnée depuis car ça m’a lassé à force. D’autres se sont chargés il y a quelques temps de Bush, de Shiva, d’Oussamma Ben Laden, des mangas, des Simsons, de Mao, de Mahommet, des Lego, associés à d’autres images toutes aussi pornographiques. Ces choses agglomérées, concomitantes, font toujours signe et leur apparent non-sens dans l’hybridation et la fusion convoque nécessairement des sentiments intéressants car paradoxaux et assez poétiques quand ils ne sont pas de bas étages. Récemment, comme beaucoup, j'ai travaillé sur Lynndie England, la jeune gardienne d’Abu Ghraïb, celle qui a posé en 2005, avec de pauvres prisonniers de guerre, pouce en l’air, nus ou encapuchonnés en train de mimer des saynètes facétieuses, comme ça, agglomérés en tas humains avec des chiens. Je ne la juge pas. Ce n’est pas mon rôle et elle l’a déjà été. Pour le fun, puisqu’elle fait partie de la génération MTV de Jackass, sur le net, cette très jeune femme et ses petits camarades ont envoyé leurs exploits photo à leurs amis; ça s'est divulgué; elle le paie maintenant, tout comme eux et leur hiérarchie, car la guerre ça veut être sérieux, mais ceci est avant toute chose un symptôme de nos sociétés : Une post-adolescente victime et complice de notre monde des images. À la fois réceptrice et émettrice d’une imagerie. Alors quelque chose m'a poussé à l'iconiser à ma façon mais maintenant j’érode et ne garde plus que ces fameux pouces levés en en faisant cet emblème : Everything’s ok ! Et comme "Pouce !" en français, a pu aussi signifier "Stop !" dans nos cours d’école, on peut dire que c’est l’ambivalence du signe qui m’a intéressé. Ce type d'ironie, contingente, il faut savoir composer avec, car ça a un côté très périssable et ça peut amoindrir les choses à force de clins d'oeil, de fait je contrebalance avec d’autres éléments qui sont, eux, je l’espère, plus prégnants et d'ordre plutôt technique, purement picturaux et compositionnels. Le Jackalope en tant que composante ironique à doser, fonctionnerait aussi comme un tic momentané chez moi, alors on pourrait se demander en quoi ce gadget m'intéresse à ce point-là. Eh bien parce que c'est un attrape-touriste d’abords, une bonne blague de Douglas Herrick commise dès 1932 et qui s'est perpétuée depuis en devenant une sorte de Dahu local au Nouveau Mexique et en Arizona, c’est censé être un lièvre avec des cornes, ce qui m'a fait éclater de rire la fois où on m'en a ramené un empaillé. Jackalope ? C’est la contraction en anglais des mots Jackrabbit et Antelope. C’est censé être un animal très timide et nocturne, ne supportant pas la captivité, un voleur de balles de golf aussi, dont le chant au clair de lune rappellerait la voix d’un bébé enroué mais c’est une chimère et tout porterait à croire que j’en ai fait un animal totem. Ce qui est presque vrai. Alors un lapin à cornes ? Eh bien oui. Ça me correspond assez bien au fond, et ainsi qu’au monde tel que je perçois souvent : Une belle absurdité. Ce n'est pas si harmonieux. J'ai beaucoup de mal à prendre ça au sérieux. Il y a là quelque chose de fluide, de visqueux, d'ondoyant, d’insinué, de fuyard, ça ne tient pas très bien, il y a beaucoup de temps de latence, on est assez loin du miracle, on évolue plutôt au sein de déséquilibres subtils, fragiles, temporaires entre divers inconciliables, le flux, le reflux, ça échoue selon des variables et des dérivées, une belle dichotomie en somme, ou trichotomie, ou pire peut-être, avec ses zones de fracture, ses sinusoïdes mous, ses frontières floues, mais aussi ses revirements brutaux et ses entrechocs, ses accidents, ses vagues scélérates, ses surprises. Malgré cela, quoi qu'on en dise, le monde subsiste. Dans le perceptible, à notre échelle de temps, les vieilles lois de la physique newtonienne ne sont pas trop remises en question. La pomme sauvage ou sélectionnée, voire transgénique, continue de tomber en bas, en même temps on lance des fusées, souvent elles ne retombent pas. Ça se réchauffe, ça se refroidira. Ça ne fait que pulser en mutant de temps en temps. L’art des hommes pendant ce temps se calque sur l'histoire des mentalités depuis ses débuts ici-bas, ce n'est qu’un petit plus énorme, inutile mais vital donc nécessaire et omniprésent, une réécriture interprétative à des fins spirituelles, esthétisantes, spéculatives, totémiques ou ironiques pourquoi pas. De la pensée faite objet. Il y a depuis peu des sociétés sans dieu, il n'y a pas vraiment de sociétés sans art, ou plutôt s'il y a peu d'art dedans c'est sans doute qu'on y trouve un surplus de dieu, ça a l'air très péjoratif et réducteur, disons qu’on peut appréhender le fait artistique comme une forme d'hypnose collective au même titre que le religieux, qui semblent tous deux avoir une nécessité pour toute société donnée en un temps T, pour l'Homme en général, pour celui qui émet, pour celui qui reçoit, et pour leur Histoire. Et créer, selon ce principe, s'avèrerait peut-être une volonté de s’insérer dans une longue enfilade d'historiettes, pas plus, de pierres à l'édifice, comme autant de témoignages d'un présent de la pensée, enfilés. Ainsi, créer des mythes, même individuels, envisager des mondes parallèles, proposer de la transcendance ou fabriquer des dieux, c'est ajouter des niveaux de lecture à un réel incomplet, bancal car nous manquent cruellement des informations sur l’invisible, l’impalpable, l'après-vie, le pourquoi et le comment de notre présence consciente au monde. Notre cerveau a toujours eu beaucoup de mal à intégrer sa propre finitude, tout comme les notions d'Infini et de Néant, car ce n'est pas très vital pour l'espèce et il a eu besoin de se proposer sans cesse de nouvelles causalités et de se fignoler de façon empirique des constructions mentales à partir sans doute de ses rêves d’abords, puis de ses hallucinations et de ses élucubrations sur le mouvements des astres, les cycles saisonniers, d’où la complexification du proto-langage, l’émergence du religieux, de l'art, de la fiction, de la philosophie et pourquoi pas des sciences. S’arrêterons-nous là ? Non. Vouloir donner sans cesse du sens ou une interprétation cosmogonique à ce qui pourrait très bien ne pas en avoir à la façon où on l’entend, la vie, la mort, l'espace, le temps, la matière, l’énergie, c'est aussi très proche de la poésie, une belle relecture de phénomènes physico-chimiques courants obéïssant à leurs propres cycles mais qui gardent encore pas mal de leur mystère dans leurs altérations. C’est ça l’évolution. Ça se répète, puis ça se différencie, ça mute, ça disparaît, mais ça ne naît jamais de rien. Et on peut imaginer la vie comme le complot d’une molécule qui a réussi. Et la conscience comme une accident fortuit de la matière informée. Est-on réellement conscient ? On part du prion, trois brins d’Adn, on arrive à Bush. À ce stade, l'humour, l'ironie, le recul, les abstractions, les transgressions supercielles, l'hypothèse d’un avant big-bang, les mathématiques complexes, la sémiophysique, la tautologie ou le nihilisme, comme lectures du monde contemporain, fonctionnent un peu aussi comme des palliatifs et marchent assez bien aujourd'hui depuis la mort assez récente de Dieu chez nous-autres, croyants d'un nouveau type, détenteurs de cette idéologie dominante, occidentale, effrenée, en prise au présent, en ce début du troisième millénaire, ça peut aussi rappeler le futurisme d'il y a cent ans. Ailleurs, dans l'espace et dans le temps, tout se passe très différemment bien sûr. L’Art est une béquille, avec une béquille on marche, et ajouter ces niveaux de lecture s'est toujours aussi avéré une arme. Une béquille peut se transformer en gourdin. Et armer les discours dominants, traditionalistes, du bon goût du moment, conservateurs, ou dissidents, progressistes, novateurs, révolutionnaires quels qu'ils soient car ça fluctue et se pervertit, c’est toujours ambigu. Sous couvert de spirituel, d’autonome, de pertinent, tout peut être déguisé, récupéré, amoindri, gonflé, par le religieux, le politique, les marchés, les institutions, aujourd’hui, on est momentanément dans le transgenre, le culte du moi, le désenchantement, la critique de l’hyperconsommation, du transgénique, l'exhibitionnisme, l'écologie, la nanotechnologie, tout ceci est de l'autoépatement, c'est proné, c'est déploré, c’est constaté, c'est très moralisateur, ça nous met face à nos erreurs, on s'engage, on se dégage, on devient ironique, c'est très temporaire tout ça, on propose ou présuppose du politique, du zen, de la distraction, de la réflexion sociologique, de la métaphysique, du porno, de la déco, de la provocation, on mixe tout ça avec de l'innommable, de l'ineffable, du minimalisme, du non-dit, c’est de la survie intellectuelle soi-disant, de l’opportunisme, de la phase, comme autant de placebos, palliatifs à l'ancienne immortalité en laquelle notre occident croit moins depuis peu. Ceci a toujours été le rôle des artistes, combinant répétition de la tradition et expérimentation de nouveaux champs de pensée, à la fois témoins, complices et critiques des idéologies depuis des dizaines de milliers d’années, rien de plus, à l’instar du sorcier qui à travers quelques graffitis évoquait et faisait miroiter en même temps, il n’y a pas si longtemps, une bonne chasse au chef du clan dans Rahan. C’est de la magie, du chantage ; on y croit toujours un peu, ça rassure, ça inquiète, ça émeut, on en joue, c’est beau, c’est bizarre. Puis ça peut être aussi la fête quand ça marche. Mais dès ces débuts-là, on s'est occupé de nos morts, on les aime, ils nous manquent mais ils nous parlent encore dans nos rêves, ça c’est curieux, et il y a eu la construction des premiers tombeaux associée à des rites magiques pour la survie de l'âme, on y tient particulièrement à l'âme, le devoir de mémoire déjà, la fête, la peur, on ne sait jamais, cérémoniaux où les psychotropes avaient déjà un grand rôle à jouer, autant que les masques dans ces transes collectives, ou les totems, les amulettes pour personnifier et amadouer les esprits, la peur des mystères de l’univers, puis on a momifié nos rois qui sont automatiquement devenus des dieux d'ailleurs avec, comme porte-voix, des tas de pierres monumentaux, des dolmens, les pyramides, les temples, la statuaire antique, les premiers pictogrammes, à la fois mise en images et en discours des au-delà, Paradis, Eden et Walhalla, puis les idéogrammes, des symboles, les saintes écritures, tous premiers enregistrements de la voix de Dieu, les interdits sacrés, les premières lois, les marchands du temple, Jésus sur la croix, les tous premiers portraits réalistes d’êtres humains nommables, en l’occurrence là, paléochrétiens sur les sarcophages du Fayoum en Égypte, puis chez nous, les premières cathédrales érigées sur d'autres reliques, le sang du christ, des bouts de croix, le saint suaire, c'est de l'animisme tout ça, c'est important, ce n'est pas rien, les processions, les Médicis, Duchamp, Beaubourg, n'urinons plus dans l'urinoir, le palais de Tokyo, Pineau à Venise etc, tout ceci n’est que fluctuation entre sacré et trivial, on capitalise, on institue, on rêve, on crée, selon une succession d’esthétiques constructions mentales, fétichistes, cultuelles, culturelles, allant en se complexifiant, en se monétisant, en se momifiant, en se revivifiant, en prenant une ampleur démesurée des fois, l’histoire des arts, l’Histoire de l’Homme, car s'y greffe un non moins sacré métadiscours qui cimente tout ça, une partouze des esprits forts, du brainstorming, d'autres conflits claniques, des biais, des leurres pour, encore une fois, se transcender la finitude, cette fois-ci à l’échelle de l’espèce, en faire quelque chose d’historique, de grandiose, de progressiste, de la publicité pour le genre humain. En somme, on s’aime bien. Alors, tous les jours, et je sais pourquoi, je tiens à participer à ce complot-ci. Spectaculaire. Je l’avoue. À mon échelle modique bien sûr. Mais je tiens à relativiser aussi et ce n'est que l'époque qui m'autorise cette démolition : Après tout l'Homme, c’est quoi ? Ce n'est qu'un touriste temporaire sur Terre. Un sous-locataire qui se tient assez mal des fois. Et son art, autant que sa science, son religieux, sa consommation et ses guerres sont ses passe-temps. Vitaux. Et on peut le dire : Homo Sapiens-Sapiens n'existe pas vraiment. «L'Homme deux fois sage»? C’est une blague, ou alors il faudrait le prouver. Et pour faire court, je le proclame : Non ! le roi n'est pas nu ! Non, le roi n'est pas mort ! Car le roi, comme l'Homme, comme l'Art, comme Dieu, n'existent pas vraiment mais on semble vouloir les refabriquer tels des chimères et les réériger sans cesse. Cela semble être notre lot d’humain : Créer, se redéfinir, sinon on déprime durant sa parenthèse consciente, sa vacance sur terre. Et sans doute, à ce stade, muter une bonne fois serait bienvenu. Ça arrivera et ce jourlà, l’Homme d’aujourd’hui sera sur le même piédestal que néandertal. Sont-ce là des présupposés à mon travail ? Le post-pessimisme, l’autocritique, le reniement, les paradoxes, l’écrasement de l’histoire, la bouillie des signes et des significations ? Peut-être. Comme tant d’autres, je suis un expérimentateur car j'ai tout simplement beaucoup de temps à consacrer à tout ça, je vagabonde pas mal dedans. Dans ces états-là, on ouvre les vannes et les frontières, les dogmes et les interdits claquent. Ainsi à mon échelle, je n'ai pas de projet, je ne veux pas en avoir, alors j’attaque par une granulosité, une matière, un traitement chaotique du support, des taches, des empreintes, des réseaux à l'occasion de diffusions de jus à l'horizontale, ceci jusqu’à obtenir une information de type organique ou que j’identifie comme telle : c'est à dire quelque chose ayant trait au biotique, au cellulaire, au géologique, au cartographique ou au tripal. Enfin je laisse reposer ma pâte, au sol. Le lendemain, je tourne autour de mon support informé sans projet précis : je peux prendre mon Rorschach, car c'est bien de cela qu'il s'agit, dans n’importe quel sens jusqu’à halluciner une forme ou un groupe de formes pouvant interagir. Au bout d’un certain nombre de tours, j’ai le vertige mais quelque chose s’impose. C’est aussi simple. Je circonscris cette chose grâce à un aplat autour. Naissance du tableau. Ce contour déterminera en même temps qu’une forme en son centre, un arrière fond à sa périphérie, un sol, un mur, c'est très classique et très spatialisé tout ça, et ces formes posées dos au mur prendront vie en étant affublées de divers gadgets, affèteries, tics, colifichets, trucs, cols, moustaches d’Hitler, oreilles d’âne, de lapin, ou de chacal, ou de jackalopes, becs, verges, dentures, boutons, vulves, sourcils, colibris, faisant sens sur le moment dans l’état où je me suis mis. C’est très automatique, ce sont des adjuvants, des indices, des exposants que je place là où il faut, ou juste à côté d’ailleurs parce que suis très maladroit. Pas de prévoyance ! dit Artaud. Alors bêtement j’obéis car ça m’arrange. Après ? Je plonge le tout dans une lumière centrale de type théâtral, ou pas d'ailleurs, car je m'estime très libre et pouvoir déroger à mes propres règles, et je prétends en avoir fini. Hélas, ces formes-là, en devenir, ne sont pas toujours très accomplies, ou le sont trop ; et mes avortons, mes avatars, se mettent à pulluler et à vouloir trop obéir ou trop désobéir aux lois de la physique, la pesanteur notamment, et ça me gêne de me retrouver dans le dessin animé, la 3d, les bons, les méchants, l’infantilisme, alors je détruits tout en faisant parfois basculer ma scénographie à 45 ou 90 degrés en prenant soins de ne garder que quelques fragments que je juge assez réussis. Du coup, miracle, il apparaît quelque chose de moins franc, de plus indirect, flou ou indéterminable, bizarre, innommable, c’est un monde renversé, réversible, j’en suis le premier témoin, c’est très involontaire, ça ne m’appartient pas vraiment mais je me l’approprie et je crois avoir joué à Dieu à ce moment là. Trois fois rien a évolué, a muté, d’une façon raisonnable et légitime, il ne faut pas démoraliser les mythes et, tout en découvrant ceci en même temps que je l’invente en le disant, quoiqu'il advienne après, je ne le déplore pas. Ceci n’est que de très courte durée, je vous l’assure. |